El Gusto est comme une grande famille que l’on a plaisir à retrouver. A chaque concert que nous avons pu filmer ou prendre en photo, nous avons eu la chance de rencontrer ces musiciens et chanteurs, juifs et musulmans, si heureux de se retrouver une fois de plus sur scène. A Paris, dimanche dernier, au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, on les a découvert entrain de répéter dans la charmante cour de cet hôtel particulier du XVIIème siècle qui deux heures plus tard s’apprêtait à accueillir plusieurs centaines de personnes.

C’est dans le cadre de l’exposition « Juifs d’Algérie » que le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme avait décidé d’accueillir El Gusto pour un concert unique dès 20h.

A 17h30, les musiciens étaient déjà tous réunis dans le fond de la cour, sur la scène improvisée pour l’occasion, et vérifiaient avec Momo, l’ingénieur du son, la bonne acoustique de chaque instrument et de chaque voix.

Parmi les chanteurs et musiciens, on dénombrait ce soir-là : Rachid Berkani (luth), Mohamed El Mançour Brahimi (mandoline), Abdelkader Chercham (chant/mandole), Luc Cherki (chant/mandole), Mohamed Ferkioui (accordéon), Smaïl Ferkioui (piano), Mebrouk Hamaï (quanoun), Liamine Haïmoun (chant/mandole), Hamid Guendouz, (violon), Abdelmadjid Meskoud (chant/mandole), Paul Sultan (chant/clavier), Rédha Tabti (violon), Mustapha Tahmi (guitare). Robert Castel (chant/violon). Maurice El Médioni n’avait pu se déplacer pour raison de santé.

Tout ce petit monde s’est retrouvé par la suite à la cantine, histoire de se restaurer et de se changer avant le « gala ». Car c’est sous ce vocabulaire que les musiciens d’El Gusto aiment parler de leurs retrouvailles avec le public. Il faut dire que cette appellation est décidément plus festive et chaleureuse que celle assez banale de « concert ».

Pour l’occasion Liamine Haïmoun avait revêtu un beau costume gris et souriait aux taquineries de ses camarades à ce sujet. La camaraderie, le goût constant de la bonne vanne, c’est aussi cela l’esprit El Gusto, avec ces jeunes hommes aux tempes argentées ou blanchies par le temps pour la plupart. Car parmi eux, il ne faut pas oublier de plus jeunes recrues !

Meskoud, chanteur et joueur de mandole aime à ces moments où la tension est palpable, à quelques minutes de l’entrée en scène, mettre son petit grain de sel pour divertir ses petits camarades. Mustapha Tahmi, assis, observe la scène avec amusement. Il se sent tellement heureux ce soir-là de partager ce moment auprès de ces amis, alors que cet été a été plutôt rude pour sa santé. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne…

Mohamed Sergoua, auteur, compositeur et chanteur a besoin de parler, de plaisanter à un débit très rapide comme pour calmer son excitation de monter bientôt sur scène. Il fait partie des premiers maîtres du Chaâbi que Safinez Bousbia a contacté en 2004 lors de ses premières recherches pour former le groupe El Gusto. Très apprécié en Algérie et reconnu par les puristes du chaâbi algérois, il aime surveiller le travail technique du groupe.

A table, une journaliste du New York Times interviewe Rachid Berkani, la tête d’affiche (littéralement) du documentaire, puis Safinez Bousbia, la réalisatrice et créatrice du groupe.

L’aventure ne date pas d’hier mais à présent Safinez n’a plus de doutes sur les capacités techniques et artistiques de son groupe. Celle qui est aussi un peu la mascotte du groupe, tourbillonne d’un musicien à un autre, et comme une bonne fée, veille au grain.

Plus que quelques minutes avant l’entrée en scène. Une photo de groupe s’improvise. Soudain, sous les acclamations du public, le groupe entre sur scène. Ces moments de retrouvailles sont toujours autant émouvantes pour les musiciens que pour le public qui se prend à rêver de l’âge d’or du chaâbi, de cette période délicieuse où Juifs et Musulmans d’Algérie se côtoyaient avec respect et camaraderie. Parmi le public, il y a de tous les âges, car grands-parents et parents rêvent de transmettre cet héritage culturel aux plus petits.

Luc Cherki entonne « Je suis un Pied Noir » avec une émotion particulière ce soir dans la cour de ce musée, au cœur du Marais. L’acoustique est excellente au sein de ces vieux murs dorés. Mohamed Ferkioui se met à danser avec son accordéon sous les youyous de liesse, c’est un des temps forts du concert.

Enfin, au salut, le groupe invite Safinez à les rejoindre sur scène. Standing ovation. Quelques fans parviennent à se glisser parmi les musiciens pour réclamer un autographe ou retrouver un ami après des décennies de séparation.

Ce qui touche par dessus-tout, c’est la simplicité joyeuse avec laquelle ces artistes venus d’Algérie pour la plupart, après un voyage éprouvant, reçoivent les félicitations du public. C’est bel et bien une famille qui semble à chaque concert se reformer dans le plaisir de célébrer une passion commune pour cette musique, si chère au peuple d’Alger….

Texte et photos: Laetitia Heurteau – Quidam Production El Gusto.

Publicités