Devant le succès rencontré par le style musical du chaâbi, El Anka ouvre une classe au conservatoire d’Alger. Jusqu’à deux cents élèves se pressent alors dans une petite salle au sous-sol du bâtiment.

Très vite tout le monde grimpe au 5ème étage où il y a l’espace nécessaire pour accueillir les amoureux de la musique chaâbi. Ces jeunes élèves, enfants juifs et musulmans issus de toutes les communautés de la Casbah sont venus apprendre la musique au goût du jour. Toutes origines et religions confondues, ils sont réunis par leur amour commun du chaâbi. Par la suite, les élèves de la toute première classe créée par El Anka joueront ensemble pendant des années au sein du même orchestre, jusqu’aux « événements », la guerre.

Les musiciens se souviennent : ils priaient ensemble ; l’engouement était tel que les musulmans allaient avec leurs copains juifs à la Synagogue pendant le Sabbat pour écouter le chaâbi.

Une victime méconnue de l’histoire

Avec la guerre, une page se tourne. Sommées de choisir entre « la valise et le cercueil », des familles entières prennent le chemin de l’exil. D’autres quittent Alger pour sa périphérie ou les campagnes. Certains musiciens restent à la Casbah mais, même pour eux le rythme est brisé. Tout ce qui les a marqués, formés pendant leurs années d’enfance et de jeunesse, appartient au passé. Ils sont séparés par l’Histoire mais aussi arrachés à une partie d’eux-mêmes.

Quelques uns cessent de jouer, certains n’arrêtent jamais. D’autres reviennent à la musique après avoir fait tout autre chose comme Maurice el-Medioni : il ouvre une boutique de tailleur d’abord à Paris puis à Marseille (le soleil y est plus proche d’Alger que celui de Paris)…

C’est parvenu à un âge vénérable qu’il retourne à ses premières amours. Toujours curieux, il explore de nouvelles pistes, expérimentant de nouveaux mélanges musicaux dans la continuité de ce qu’il a inventé dans sa jeunesse, le piano oriental. Acheté aux Puces par son frère aîné et sur lequel il jouait des airs de sa composition, des cocktails sonores : un peu du boogie woogie auquel l’ont initié les GI’s pendant la guerre à Alger ; du jazz qu’il adore, les sons latinos découverts avec les soldats américains d’origine portoricaine ; et bien sûr, le chaâbi.

En 1997, Maurice retourne à la musique en menant une carrière de soliste. Il enregistre l’album Café Oran, suivi en 2000 de Pianoriental et de Samai Andalou. Suit un autre disque en 2006, Descarga Oriental, The New York sessions avec le percussionniste Roberto Rodriguez, « un Cubain de New-York ». Maurice et Roberto sont tous deux récompensés en 2007 par un BBC World Music Award, catégorie « Culture Crossing ». Plus récemment, Maurice a participé avec d’autres artistes au Grand Ramdan au parc de la Villette à Paris, en présence du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand et de Jack Lang.

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